ABFN
La Longue-Vue
& Arcantère
Bruxelles et Paris, 1988
ISBN 2-87121-020-9
444 pages

Illustration de couverture:
Monique Thomassettie,
huile sur toile, 1987


Bouton
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bibiographie







L'ARBRE BLANC DANS LA FORÊT NOIRE



Un jeune médecin belge, Ghislain Desaive, débarque à Vonzo, petite agglomération de Kalibie (Afrique centrale), pour y prendre la direction d'un hôpital, dans le cadre de la coopération belgo-kalibienne. Il va y découvrir l'Afrique et ses sortilèges par l'intermédiaire de personnages fascinants : Dyana, la jeune religieuse noire, Malu dont il fera sa compagne, Gakuba, le politicien en disgrâce, Binda Pasi, le sculpteur, Lemmie & Sebas, les musiciens errants, Chris, l'infirmière danoise...
Vaste fresque aux multiples résonances, portrait d'une Afrique accablée de tous les maux mais riche d'avenir, ce roman invite à un autre regard sur un continent de toutes les découvertes.
Roman d'aventure aussi, avec la révolte du Bas-Fleuve et l'intervention des parachutistes français et belges, roman de témoignage avec la description d'un régime dictatorial et de la corruption "institutionnelle".
Le récit de Ghislain Desaive, arbre blanc dans la forêt noire, a valeur d'exorcisme, face à l'envoûtement d'une Afrique dont nul ne peut sortir indemne.


PRIX DE LA VOCATION

NCR LITTÉRAIRE 1989



L'édition originale est toujours disponible
aux éditions MOLS
 Tienne de la Petite Bilande, 67
1300 Wavre - Belgique


BLANKE BOOM
Traduction en néerlandais
parue en 1992
aux éditions Kritak
ABFN-LABOR
Réédition en format poche
Labor, Collection Espace-Nord, 2004
Disponible aux éditions Luc Pire


EXTRAITS

Je croyais le temps linéaire ; et l'enfilade des jours semblables, la succession de moments aussi prévisibles que riches de sens me paraissait le confirmer ; naïf que j'étais : le temps fonctionne comme un cœur, par systoles, diastoles, repos entre les phases. Le temps assoupi s'est réveillé.
Nous roulons sur les pistes les plus oubliées, recensons des villages fantômes surgis du temps où le Blanc était roi. Nous transportons de pleines remorques de maîtresses poutres, de briques patinées par le soleil et les intempéries ; nous dressons des plans, jetons des ponts ; volonté tendue des bâtisseurs, en marge d'un monde en voie d'effondrement. Dyana déborde de cette force vitale qui imprègne une Afrique en apparence assoupie, et qui d'ordinaire ne se révèle que par la luxuriance de la corruption. Dyana, c'est le pouvoir amplificateur de l'Afrique au service des grandes causes. Les Graal de l'avenir. Qui donc suis-je, élu du hasard, pour conseiller cette reine d'épopée, morose ministre des finances et de la raison ?

*
*   *

La fête bat son plein. L'estomac lourd de viandes et de sauces que dilue la bière, je me sens morose, en-dehors du coup. Je me contente de surveiller l'enregistreur ; Lelo n'est pas arrivée à me faire danser ; elle n'a pas insisté. J'ai un peu parlé avec Marguerite, soucis domestiques, médicaments, l'organisation du village de vieux que nous inaugurerons en octobre. Puis elle est rentrée au couvent avec les vieilles sœurs. Les autres dansent comme des lycéennes en goguette. Au cœur de la masse en mouvement, Tata Joseph tournoie sur lui-même, les yeux clos, économe de ses gestes, mais sans un muscle qui ne participe au rythme. Louis a esquissé quelques pas pour rire puis s'est retiré. Catherine participe à la danse sans que sa gaucherie n'entraîne le moindre sourire. Les paroles de Dyana me tournent en tête : les derniers jours d'août dérangent les cerveaux ; le Noir, alors, n'est plus maître de son corps ; il te faudra danser...
Voilà, ils dansent. J'ai l'étrange sensation d'être dédoublé : avec eux, là-bas, dans le frémissement du rythme ; et en-dehors de tout, contemplant l'ensemble de la scène, moi compris, avec la perception aiguë d'un drame qui se noue. Qui se noue, je suppose, au plus intime de moi-même... Une autre gorgée de bière. J'ai envie de pleurer... Ou de prendre la Toyota et de foncer... Ou de danser, oui, de danser, mais je suis incapable du moindre mouvement... Me lever, me joindre à eux ! Redresser les genoux, dix mètres à parcourir, me laisser prendre...
Je flotte hors de mon corps, lucide et sarcastique. Comédie... Le visage de Dyana, transfiguré, entre d'autres têtes noires, comme un trait de lune dans une faille de nuages ; puis à nouveau la masse anonyme. Gorgée de bière, machinale. Je suçote le bord du verre, le mordille. Fin du morceau, vrilles de guitare pour amorcer le suivant, ils trépignent, désordonnés, puis de plus en plus fondus au fur et à mesure que se met en place l'inlassable répétition du thème. Tous les corps mus par une même pulsion, comme un martèlement sur lequel se greffe la fantaisie de chacun. Vagues jamais semblables confondues dans une mer unique...
L'eau bénéfique est là sous mes pieds ; rien qu'un saut pour y plonger, le petit pincement de cœur, le bien-être qui enveloppe... Mais voilà, les pieds convulsés se crispent sur le bord, je ne sauterai pas...
Quelle bataille m'a pris pour champ ? Quelle poussée terrible suis-je contraint d'endiguer ? C'est à nouveau comme si une volonté extérieure cherchait à ébranler mon être... Tout ce poids qui m'accable, les épaules de plomb qui m'emprisonnent, la carapace qui se durcit sous la pression interne, les muscles pareils à du bois sec... Expansion formidable maintenue par un carcan à son échelle, armure sans défaut dont les jointures gémiront sans céder.





L'Orme blanc dans la Forêt noire. (sic)
(…) De l'aventure et de bons sentiments dans une structure narrative solide, traditionnelle, un peu lourde. Ajoutons que l'analyse des situations comme des caractères est parfois simpliste.
J.C, Lectures n° 47

Deux prix littéraires belges en une semaine, c'est l'abondance. Gérard Adam a reçu
le Prix NCR pour son premier roman « L'Arbre blanc dans la Forêt noire » : 300 000 francs accordés pour la première fois par une société d'informatique à un écrivain. Le Rossel (51e édition) a également distingué un premier roman, celui de Jean-Claude  Bologne,  33 ans, intitulé "La Faute des Femmes". 
Détail :  Pierre Mertens. homme orchestre des lettres belges, figurait dans les deux jurys. Faudra-t-il bientôt en appeler à une glasnost dans le paysage littéraire de ce pays ?
Le Vif-L'Express.
Pas de signature pour cette brillante analyse littéraire

Mais heureusement aussi

Un livre qui soulève les questions les plus fondamentales..." (...) "Lorsqu'on regarde la production romanesque actuelle, notamment celle que nous présentent les grands éditeurs français, on est parfois extrêmement déçu : on a l'impression que ces écrivains professionnels écrivent sur commande, pondent un livre chaque année ; on trouve un procédé, on l'applique, on fait du remplissage pour terminer les 300 pages du roman. On a une impression, ici, tout à fait inverse, et je profite de l'occasion pour le dire : J'ai lu ce livre d'une seule traite; c'est un roman de 450 pages, qui se lit avec un plaisir, une fébrilité extraordinaires..." (...) Il s'agit d'un des romans les plus importants de ces derniers mois..."
Jean-Pol Hecq, RTBF-émission "Rencontres"

Un témoignage exceptionnel.
Les raisons de signaler ce livre exceptionnel abondent (…)
L'essentiel. le voici : parmi les centaines de livres qui parlent de la coopération, des coopérants, de leurs rapports, y compris les plus intimes, avec les autochtones, de leurs problèmes, des obstacles, de leur vie, de leur combat mais aussi de coopération avec les guérisseurs et les sorciers locaux, des abus de l'officialité, de la corruption, des opportunistes politiques, voici, sous les aspects du roman, le premier livre vrai, que j'ai pu vérifier par maints récits et recoupements : la fiction clame la vérité. Jamais, un livre ne m'a envoûté aussi totalement (…) Je voudrais parler de tous ces personnages, religieuses, missionnaires les pieds bien sur terre. les commerçants, les artisans traditionnels, les musiciens, la bière et l'alcool, les paras belges ou français, la prostitution organisée, les mariages mixtes.
Une population imprégnée de ses traditions en même temps qu'attirée à l'image des insectes de nuit vers les tromperies, mais aussi l'apport positif de notre civilisation. Vous en apprendrez davantage qu'en des centaines d'articles documentaires, plus ou moins tendancieux, parce qu'ici, sans fards, vous plongerez dans la vie même de l'Afrique (…)
Enfin, on voudrait vous dire un mot du style: «  Sur ce caravansérail flottent les odeurs affriolantes de piments et d'oignons frits, mêlées aux senteurs de la forêt, aux effluves du manioc qu'on a dû mettre à rouir dans le ruisseau si proche que son murmure me parvient à travers les jacasseries des mamas, les commentaires animés autour des joueurs, les piaillements d'oiseaux dans les frondaisons »
Vous la sentez, l'Afrique ?
En tout cas, si j'avais un prix littéraire à décerner, je sais bien où il irait !
Marcel Perreaux, Arlon-Carrefour.

Un très bon premier roman, peut-être le premier roman sur l'Afrique Noire qui ne m'ait pas irritée (...) C'est un gros roman, touffu, avec beaucoup d'événements et de personnages, mais le lecteur ne se perd pas; il est pris par l'intrigue, et la progression dramatique. Ses personnages sont bien campés, certains très attachants, d'autres peu sympathiques, mais avec des nuances. C'est un livre très critique, mais jamais manichéen(...) Il y a toute une part de réflexions sur les relations Nord-Sud, bien sûr, mais ces questions viennent comme naturellement, dans les dialogues, etc... Il n'y a jamais de passage théoricien(...) Un roman initiatique, où l'on trouve beaucoup de réflexions sur le sens à donner à sa vie, mais là aussi introduites habilement, insérées tout naturellement dans le texte. Peut-être est-ce entre les lignes qu'on trouve des réponses. C'est un livre ouvert, qui offre au lecteur des possibilités de s'interroger lui-même.
Anne-Marie La Fère, RTBF - émission "Actuel 3"
 
Ce qui est passionnant dans ce livre, c'est que l'Afrique est vraiment ressentie. L'auteur en a une perception, une découverte toujours très neuve, très vive(...) Des personnages extraordinaires jalonnent le récit.
Marie-Eve Stévenne, RTBF - émission "L'échappée belge"
 
De beslissing was unaniem, omdat ik nooit (en het was ook het geval met de andere juryleden) zo'n duidelijk geval heb gezien van een auteur die men bijna van zijn talent ziet bevallen onder onze ogen terwijl men dit leest (...) Het is werkelijk een zeer wonderlijk boek en ik kan mij maar een ervaring herinneren dat ik ooit hetzelfde had met een Nederlandstalige auteur, (?), ongeveer dertig jaar geleden en zag dan plots iets loskomen dat men nooit had gezien en dat men nooit had verwacht van een bepaalde persoon. (...) Dit blijft als een soort van kleine diamant. "L'Arbre Blanc dans la Forêt Noire" is geen kleine diamant, het is een zware grote diamant.
 Freddy De Vree, BRT III
 
Un livre enraciné –et ô combien enraciné! – dans l'Afrique. On sent qu'il s'agit là d'un écrivain qui n'en est plus à ses débuts, à l'intérieur même de son premier livre, que ce livre a été longuement porté. Ce qui l'atteste, c'est une qualité d'écriture qui ne vient jamais nuire à l'efficacité du récit, lequel est très rythmé, très passionnant, avec un très grand art du suspense, mais le style vient toujours étayer l'entreprise.
Ce qui nous a convaincu, c'est la conjonction de la sincérité absolue d'un propos, de la charge d'humanité dont l'épaisseur porte témoignage, et d'un assez extraordinaire travail sur l'écriture. C'est aussi la qualité polyphonique de ce livre qui ne sacrifie pas un seul instant au pittoresque ou à la couleur locale, mais sait mêler adroitement des réalités parfois très difficiles à affronter et la charge du fantasme.
Pierre Mertens, RTBF-I, émission "Paroles et musique" consacrée à la remise du prix NCR.

C'est avec les tripes qu'il a ressenti l'Afrique et le Zaïre en particulier (…) Je vous conseille de lire le roman de ce « drôle d'Européen.
Robert Ekofo, Tam-Tam.

Il se peut que le roman soit le seul genre qui permette d'exprimer la vérité de certaines expériences. Il permet des nuances qui ne pourraient trouver place dans un rapport ou même dans un essai. Dans ses grands moments, il reflète la vie elle-même avec sa complexité inextricable, ses inévitables contradictions, ses coups de théâtre (…)
Mais il ne se contente pas d'une relation des événements vécus. A la vie, il ajoute de la vie, et aussi cette dimension d'interrogation, de réflexion, de remise en question sans laquelle il n'est probablement pas de véritable grandeur humaine.
Ce récit, on le lit avec passion. Souvent, on est bouleversé. On apprend bien des choses sur le pays d'Afrique centrale que le romancier a nommé la Kalibie. Avec le personnage principal, on souffre ; on espère ; on s'indigne : il arrive aussi qu'on rie.
On me permettra de relever que la littérature coloniale belge fut le plus souvent médiocre. Ce premier roman de Gérard Adam ne l'est certes point (…)
Jean Mergeai, Vers l'Avenir.

Il nous fait découvrir un pays imaginaire mais envoûtant, riche en contrastes et en contradictions, où la corruption et l'anarchie règnent en maîtres, mais au charme duquel on résiste difficilement. Il porte sur l'Afrique un regard amoureux et réaliste, mais surtout optimiste (…) Un conte allégorique dans un style riche et touffu, tès agréable à lire.
Andrée Collin, Femmes d'Aujourd'hui.

L'Arbre blanc dans la Forêt noire est donc un ouvrage doublement satisfaisant puisqu'en plus du plaisir de nous offrir des descriptions colorées et des phrases paysages qui nous plongent dans une atmosphère tout à fait particulière, il ous propose plusieurs éléments de réflexion sur le devenir d'un continent « qu'il faut aimer pour y survivre ».
C. Meert, Negrissimo.

Pour qui aime l'Afrique, les récits foisonnants, la multiplicité des personnages, l'épaisseur végétale et l'épaisseur romanesque, voici un livre qui répond à toutes ces attentes.
Télé Moustique.

Un médecin belge et l'Afrique Profonde, un témoignage privilégié.
Eddy  Przybylski - La Dernière Heure)

Un très beau souffle, un livre musclé, aux dialogues percutants, qui se lira comme une fresque. Un récit traversé par une sorte de fièvre.
Francis Matthijs, La Libre Belgique

SAUVÉ PAR LE PRIX NCR: UN GRAND ROMAN D'AMOUR DE L'HOMME.
Le sort des livres n'est pas différent de celui des poissons de mer: la plupart des romans meurent, disparaissent à peine nés. Parmi eux, certains qui mériteraient de vivre, mais n'ont d'autre destin que de passer inaperçus.
En septembre 1988 paraissait « L'Arbre blanc dans la Forêt noire». Roman long, dense et riche. Trop long, trop dense, trop inhabituellement riche pour que les dix personnes qui, chez nous, décident de la »'e ou de la mort des livres puissent lui consacrer le temps, l'attention nécessaires(…)
Couronné en novembre dernier par le prix N.C.R, (ce roman) est redécouvert avex stupéfaction : comment ne l'avait-on pas remarqué et cé lébré plus tôt ?
Écrit dans une forme superbement classique, qui intègre les acquis stylistiques de la rnodernité (quelle maîtrise, notamment de l'ellipse !)…
(…)
Qui a bien connu ce pays retrouvera tout ce qu'il a aimé là-bas : paysages, coutumes, âmes originales, authentiques encore... pour combien de temps ? Qui n'a pas fait le voyage d'Afrique découvrira, émerveillé, cette richesse insoupçonnée, moins extérieure qu'intérieure, que cherche à s'assimiler le narrateur « au moment où les Noirs eux-mêmes l'oublient, fascinés qu'ils sont par le clinquant de nos lumières ». Ce que Gérard Adam s'est attaché à retrouver, à sauver avant qu'il soit trop tard, sont ces valeurs profondes du peuple «kalibien », valeurs en péril, que risquent d'évincer ces mythes européens – richesse, puissance, confort – dans lesquels nous-mêmes ne croyons plus.
(…) C'est toute notre vision du monde, de l'existence, de nous-mêmes qui s'en trouve revitalisée, égayée. Rien de plus ouvert, de plus accueillant, rien de moins raciste, rien, surtout, de moins prétentieux, que ces pages qui vont à la rencontre du « Kalibien » avec le dessein, le parti-pris de comprendre.
De ce coeur africain où il a pénétré en profondeur (…), Gérard Adam nous a révélé le meilleur. Ce qui n'exclut pas la dénonciation radicale des maux, souvent importés, dont périt aujourd'hui la société « kalibienne » : planifications aberrantes, népotisme, corruption généralisée, une course effrénée à l'argent dans laquelle s'illustrent les classes les plus européanisées (…) « Arbre blanc», le personnage central, Ghislain Desaive, met au service de la « Forêt noire » qui lui rend peu à peu la vraie vie, son intelligence critique, sa lucidité de médecin, d'intellectuel européen.
Ce roman d'aventures et d'amour (les passions du jeune médecin blanc pour plusieurs femmes noires, notamment Dyana, la jeune religieuse-infirmière, ou Malu. sa compagne kalibienne, nous valent des pages subtilement subversives) est donc, à première vue, une vaste fresque métaphorique sur ce Zaïre qu'il conviendrait surtout d'aider à « ne pas se perdre », ou même d'aider, déjà, à « se retrouver ».
Mais, bien plus profondément, ce livre est une réflexion philosophique sur l'homme général, l'homme de toujours et de partout. Car les valeurs de l'Africain pourraient, devraient se ranimer un jour dans le coeur de l'homme européen. Pour se les réapproprier, il suffirait que ce- lui-ci consente à renverser les roôles, à se mettre à l'école de ceux qu'il a longtemps prétendu former. La tâche est pressante, car cette morale européenne qui nous réduit à courir derrière le factice pourrait y avoir aussi réduit, déjà, les Africains.
Dans son dernier roman, « l'Immortalité », Milan Kundera place dans sa propre bouche, celle du personnage-Kundera, ces propos amers : « Je regrette que presque tous les romans écrits à ce jour soient fondés sur un seul enchaînement causal d'actions et d'événements. La tension dramatique, c'est la véritable malédiction du roman parce qu'elle transforme tout, même les plus belles pages, même les scènes et les observations les plus surprenantes, en une simple étape menant au dénouement final, où se concentre le sens de tout ce qui précède. Dévoré par le feu de sa propre tension, le roman se consume comme une botte de paille. »
Par bonheur, le roman de Gérard Adam n'est pas cette « course frénétique vers le dénouement » que dénonce Kundera, Le lecteur pressé qui, dans un récit, cherche l'action, le suspense, la tension dramatique, les trouvera sûrement dans « L'Arbre
blanc ». Mais, s'il se donne te temps, il lui sera donné de goûter, par surcroît, à ces « belles pages». ces « scènes et observations surprenantes » qui font la densité, l'exceptionnelle richesse de ce livre !
C.G, La Wallonie.

Sous la plume magique de Gérard Adam s'enclenche et se déroule un film somptueux, dédié à l'Afrique Centrale, à ses couleurs, à ses parfums, à la nonchalance de ses indigènes parfaitement accordée à l'immobilité moite de ses paysages! D'emblée, le lecteur est séduit, plongé par l'imagination dans la contemplation de couchers de soleil grandioses ou d'espèces florales rares (…)
Mais la magnificence du décor qui semblerait devoir justifier à elle seule un bonheur sans failles, ne dispense pas les humains vivant sous cette généreuse latitude, des états d'âme, des conflits intérieurs ou encore des difficultés à conjurer les frustrations accumulées depuis l'enfance... Les descriptions ne relèguent d'ailleurs pas le récit au
second plan : celui-ci est en l'occurrence profondément humain et mêne interpellateur. On y découvre les vicissitudes qui ont accompagné l'émancipation d'un peuple, à peine dégagé d'un colonialisme paternaliste et déjà appelé à assumer son destin en relevant des défis complexes pour lesquels il semble encore tellement immature.
(…)
« L'Arbre blanc dans la Forêt noire » s'impose comme un ouvrage d'une rare densité qu'on pourrait, au gré des sujets traités, scinder en quatre ou cinq essais. On émerge en tout cas de cette longue lecture, conscient que le voyage essentiel, et sans doute le plus périlleux, est celui qu'on efectue au plus profond de soi-même.
Henry Lagneaux, Indications.
Décembre 1988
Émission "Rencontres"
Jean-Pol Hecq – Gérard Adam