Pèlerinage
Le Snark
Bruxelles, 1993
ISBN 2-87384-008-0
32 pages



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PÈLERINAGE AUX PAYS INTÉRIEURS



Sur 26 tableaux de Monique Thomassettie

26 reproductions, dont 21 en couleurs


Suite à la disparition des Éditions du Snark,
l'ouvrage n'est plus disponible que chez l'auteur

ou sur le site de Monique Thomassettie (voir liens)



EXTRAIT

1990. Depuis plus de dix ans, Monique Thomassettie peint l'être humain. Seul, ou en petites sociétés.
Quel que soit l'amour avec lequel elle les traite, ses personnages, réminiscences de rêves nocturnes ou éveillés, ne représentent pas des individus. Ou pas seulement! Par leur expression, leur attitude, les relations qui les unissent ou les opposent, ils traduisent une universalité dont ils sont malgré eux porteurs. A l'insu peut-être de l'artiste, chacun offre d'elle un autre archétype, écartelée entre extase et souffrance, tantôt médium et tantôt ermite, condamnée au regard quand elle n'aspire qu'à la solitude.
Elle expose quelquefois. La critique loue sa «grâce spéciale, sa tendresse, sa nature sensible et frémissante, son respect attentif du métier, l'ambiance de spiritualité qui baigne son œuvre, sa couleur ambrée et lumineuse»1 ou encore «sa sensibilité, son sens du recueillement, la richesse d'un message exprimé avec une grande sûreté technique»2. On la dit «damoiselle élue de la peinture»3. On s'irrite bien un peu de sa farouche sincérité, qui la tient à distance des deux écueils où l'on aime aujourd'hui voir  notre art se briser: surprendre à tout prix, puis irrémédiablement se redire quand un style a conquis droit de cité. Une exposition, est-il postulé, se doit «un seul cri», et d'aucuns voudraient pouvoir cataloguer l'expression de l'artiste, récusant le droit aux jaillissements multiples d'une tension vers le Beau qui tente de sublimer la souffrance, et ne peut que l'exacerber.
On la dit symboliste. Sans doute à tort.
Le «sumbolon» était signe de reconnaissance, un objet coupé en deux qui permettait aux porteurs de s'identifier en assemblant les morceaux. Le symbolisme implique une notion de déchiffrement et donc d'initiation, à l'opposé de cet art qui appelle une adhésion immédiate, court-circuitant l'intellect et l'émotion, quitte à les soulever ensuite dans les remous puissants qu'il induit.
Le symbolisme est trop souvent le résultat d'un à-priori intellectuel, recette puisée dans les dictionnaires ad hoc, qui en livrent en retour une traduction simultanée. A moins que par là on entende l'émergence, dans cet état de réceptivité créatrice qu'est l'inspiration, de fragments d'indicible qui prennent à travers le talent de l'artiste une forme en laquelle chacun puisse communier, reconnaître intuitivement ce qu'il a déjà pressenti. Dans ce sens, tout vrai poème, toute peinture authentique, ne peut être que symboliste. Fût-ce au corps, ou au cerveau défendant de l'artiste.
L'artiste et le mystique, en effet, sont frères ennemis. Tous deux en quête d'essentiel, mais l'expérience mystique, centrée sur elle-même pour mieux déboucher sur l'universel, n'aspire qu'à l'extase et la fusion dans l'Un, quand l'expérience artistique, non moins solitaire, intense et douloureuse, porte en outre ce boulet d'avoir à se partager, à formuler l'informulable dans un langage accessible aux autres. S'il n'est pas obnubilé par des expériences techniques de plus en plus rapidement obsolètes, quand ce n'est la recherche effrénée d'un trou juteux dans un fromage de la gloire de plus en plus coulant, chaque artiste est Prométhée. D'avoir à dérober pour les hommes le feu divin, il lui faut encore subir la solitude enchaînée, le déchirement et l'éternel renouveau. Le foie, pour les antiques Chinois, était en résonance avec l'aube, le printemps, l'assaut, par là même avec l'élan créateur. D'une civilisation à l'autre, les mythes se complètent, et s'enrichissent.
L'artiste authentique est encore cet explorateur mû par une force irrésistible, gonflée de souffrances et d'insatiable curiosité, qui nous fait remonter toujours plus près de sources inaccessibles à l'intellect. L'art est connaissance, dans la même acception que la Bible donnait à ce terme. Pénétration au plus intime, jusqu'à l'éblouissement. Il est en même temps communication. Lorsque chaque touche est tension vers cet insondable, que l'œuvre débouche sur la représentation de fruits, d'un paysage florentin, ou une architecture abstraite de formes et de couleurs, qu'elle ait exigé dix ans ou quelques heures, elle renferme désormais un fragment du sens caché, qu'elle peut nous transmettre sous forme d'émerveillement. De telles œuvres, qui plongent dans la nappe phréatique commune à tous, on les reconnaît, immédiatement, à cette sensation physique faite d'envol, de serrement, de dilatation, de déchirement, qu'éveille leur contemplation.
Cette exigence d'authenticité, cette quête sans relâche et sans concession, cette ascèse débouchant sur l'exhibition, exposent l'artiste à bien des épreuves, bien des bouleversements auxquels il ne peut se soustraire. Une toile soudain n'aboutit pas. Une autre… L'art de Monique Thomassettie va subir une mutation, rejeter la représentation de l'humain qu'elle affectionnait. Et l'artiste aura beau se cabrer, ce qui doit s'exprimer à travers elle sera le plus fort.




Gérard Adam (…) s'intéresse à la démarche du peintre abandonnant peu à peu la représentation de l'être humain pour traduire des vérités plus cosmiques. La mer et ses vagues, les nuages, les rochers, les horizons bleutés, les îles magiques, les volcans, les éclaircies, les jardins. Pour chaque œuvre, le critique donne quelques commentaires et repères en ayant permis l'éclosion. Il en définit également la mutation plastique. G.A. souligne aussi l'inspiration musicale: Dvorak, Debussy, ayant assuré l'éclosion de certaines œuvres.
Nos Lettres.

Monique Thomassettie s'exprime avec un égal bonheur en peinture et en poésie (…)
Gérard Adam (…) se penche sur sa peinture au moment où elle abandonne les personnages pour un paysage sous-tendu par une haute spiritualité. Il ne juge pas, il s'arrête devant chaque toile et perçoit l'appel à la méditation.
Anita Nardon, Ideart News.