Le maître du mont Xîn
M.E.O.-Éditions
Bruxelles, 2022

624 pages
ISBN :
978-2-8070-0350-7 (livre) 978-2-8070-0351-4 (PDF) 978-2-8070-07352-1 (ePub)

29,00 EUR
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17,99 EUR (e-books)


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LE MAÎTRE DU MONT XÎN

Roman



e-book



Deux femmes gravissent les pentes du Mont Xîn, où, au XIIe siècle, un couple d’amants philosophes a institué un rite faisant de l’érotisme une voie spirituelle. L’une est novice dans un monastère qui le perpétue sous la houlette d’un Maître vivant en solitaire dans son ermitage. L’autre, Soyindâ, est à chaque étape assaillie par les souvenirs. Enfant « naturelle », pauvre, solitaire, ostracisée, elle a découvert la danse interdite aux femmes en imitant des animaux, le vent dans les branches, les remous du lac… Elle a fugué, est devenue danseuse dans un faux temple voué aux ébats de riches débauchés, s’est faite moniale pour suivre son amie d’enfance, puis, défroquée, s’est lancée dans une brillante carrière de danseuse. Avant de se retirer dans l’anonymat, elle vient saluer une dernière fois le vieux Maître dont les jours sont comptés.
Roman d’aventure, de quête intérieure et de réflexion. Sur l’art, l’authenticité et ses dévoiements, la sexualité humaine, la spiritualité, l’emprise délétère des religions et des systèmes de pensée, l’inévitable sclérose de toute institution, la relativité de toute morale…






EXTRAIT

La danse l’a saisie un matin d’été, pour autant qu’il y ait des saisons à Bâ-tan, vallée des Cinq Printemps. Le nez dans l’herbe de la rive, elle a débusqué un grillon qui, percevant l’intruse, réintègre son trou. Elle reste sans bouger, souffle en suspens. Deux antennes pointent. La tête émerge, puis le corps. La petite bête fait volte-face, présente un croupion qu’elle se met à tortiller. La fillette retient son fou rire. Deux élytres alors se déploient, le cri-cri emplit l’air chargé de senteurs âcres. Traversée d’une joie fulgurante, l’enfant se redresse pour, frénétique, piétiner l’herbe, dandinant son popotin, faisant voleter sa jupette, mimant des lèvres et de la langue. Tellement à son jeu qu’elle ne voit pas s’approcher Korâkh, le petit-neveu de Sathô. Elle revient à elle en entendant ses quolibets, Hou l’ardiyâ, hou la gourgandine ! Il la singe à dix pas, les yeux dardés. Puis il fait mine de baisser sa culotte. Elle se met à hurler. On accourt. Le garnement s’enfuit. Elle en retient que reproduire l’activité d’un insecte est source d’un bonheur répréhensible. Elle ignore avoir dansé, la langue de Bâ-tan ne connaît pas ce terme et l’unique spectacle qui en tient lieu, le nan-gô, est réservé aux mâles.





Ce qu'ils en ont dit

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Roman d’aventure et de quête intérieure sur l’art, l’authenticité, la sexualité humaine, la spiritualité, le poids des religions, le système de pensée, les failles des institutions et la relativité des choses, voilà le postulat de « Le maître du Mont Xîn ». Tout débute avec deux femmes qui pratiquent l’ascension du Mont Xîn. Là où au XIIe siècle un couple d’amants a institué un rite faisant de l’érotisme une voie spirituelle. Tout les oppose et néanmoins elles marchent dans la même direction. L’une est novice dans un monastère, tandis que la seconde est étouffée par des souvenirs qui entravent son bonheur. Un livre qui se hisse loin des préoccupations du monde moderne et qui adopte un nouveau mode de réflexion empreint de mysticisme et de recherche de soi. De quelle manière se surpasser, aller au-delà des conjectures, trouver un sens à sa vie ? L’auteur nous fait traverser des paysages somptueux, se faufile là où nous n’irons sans doute jamais et brosse le portrait de deux femmes chahutées par l’existence qui tentent une expérience pour jalonner leur futur de valeurs auxquelles elles aspirent. Livre épais comme une brique, ce roman se laisse toutefois lire avec plaisir. Un récit qui parle de détermination, d’expérience unique et de dépassement. Bien entendu, passé et présent se mélangent en cours de narration. L’occasion de découvrir ce qui a forgé le caractère de chacune et de circonscrire leurs motivations.

Sam Mas, Bruxelles Culture.

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La quête d’une vie. Il aura fallu près de dix ans à Gérard Adam pour mettre un point final à ce roman de plus de 600 pages, sans doute l’œuvre de sa vie pour cet écrivain-éditeur qui nous entraîne dans n pays imaginaire sur les pas d’une jeune fille en quête d’émancipation. Un parcours initiatique qui est aussi un cheminement spirituel. «Moins austère que ses deux vis-à-vis qui masquent au loin le Tara-Mayâm, point culminant et mont sacré de Melgôr, le Mont Xîn héberge le Maître qui, de son ermitage, veille sur l'harmonie de l’univers.» C'est là que vit Soyindâ, petite fille solitaire qui préfère courir la montagne avec ses chèvres que se mêler aux villageois. Curieuse et intrépide, elle va s'amuser à imiter un insecte et se découvrir un don pour la danse qu'elle va partager avec Yarmâ, sa grande amie qui lui fait découvrir tout ce qu'on lui enseigne. Bien vite, les deux inséparables jeunes filles ont envie d'évasion et se mettent en route vers Melgôr où elles espèrent danser pour le Prince, mais sans savoir comment attirer son attention. Leur périple va d'abord les conduire chez l'oncle Badjô qui voit dans leur passion le moyen de faire fructifier son commerce très lucratif. Il les exhibe devant des débauchés dans son soi-disant temple jusqu'au jour où elles sont arrêtées puis emprisonnées. Mais le Prince a été informé de leurs talents et les réclame à la cour. «Par des voies tortueuses, le rêve qui les a aspirées à Melgôr devient réalité, alors qu'il n'a plus de sens». Elles ne vont cependant pas seulement divertir la cour mais aussi suivre ses déplacements. C'est ainsi que Soyindâ et Yarmâ vont se retrouver dans leur village natal. Loin d'un retour triomphal, ce sera d'abord l'occasion pour Soyindâ d'accompagner les dernières heures de sa mère et de faire la connaissance de Maud de Bareuil, une ethnologue venue «recueillir le récit fondateur transmis de génération en génération». Elle en fera ensuite un best-seller traduit dans de nombreuses langues et révélant «au monde l’existence d'un culte sur le Mont Xîn, qui faisait de l'érotisme une voie spirituelle». Maud va proposer à l'orpheline de la suivre dans sa tournée de présentation dans les universités. Elle va accepter et découvrir l'avion, le passeport et l'autre côté du monde, très à l'ouest. C'est durant ce périple dans un pays ressemblant fort aux États-Unis – le parti-pris de l’auteur étant de recréer un monde sans mention de villes ou pays existants – qu'elle va aller de découverte en découverte avant de se joindre à un groupe de jeunes très flower power, avec lequel elle va pouvoir mettre son talent au service d'une nouvelle musique. Leur groupe «ColomboPhil» va assez vite connaître la notoriété, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour Soyindâ dont le passeport est échu. Elle finira par être arrêtée, incarcérée, jugée et expulsée. Mais un nouvel ange protecteur viendra à son secours. Un producteur qui croit en elle et la conduira via son yacht dans son hacienda. C'est là que Soyindâ va comprendre «que sa route, dès le départ, s'est écartée de celle que foulent la plupart des femmes de tous les continents. Elle dispose d'une absolue maîtrise de son corps, elle peut exprimer, par le geste et le mouvement, le plus infime frémissement de son être au sein de l'univers, mais des émotions les plus simples elle a tout à apprendre». Le parcours initiatique se poursuit pour la danseuse qui va apprendre à intégrer un ballet, tourner dans un film, entamer une longue tournée. «La danseuse cosmique s’est haussée au rang d’un art sacré universel, a célébré la critique. (...) Les plus grands noms de la danse ont exprimé leur admiration». On pourrait penser désormais Soyindâ au faîte de sa gloire, heureuse et épanouie, mais ce serait oublier le moteur de toute son existence, la quête spirituelle qui va la ramener sur les flancs du Mont Xîn. Gérard Adam, qui a mis presque une décennie pour écrire ce pavé de plus de 600 pages, donne ici la pleine mesure de son talent. À son goût de l’aventure, sans doute acquis au fil de ses nombreux voyages et affectations en tant que médecin militaire, vient ici s’ajouter la quête de spiritualité. Sans doute un besoin, au soir de sa vie, de donner au lecteur un viatique sur le chemin escarpé de l’existence. Que l’on se rassure toutefois, il n’est pas ici question de morale – ce serait même plutôt l’inverse – mais bien davantage de perspectives qui donnent envie de partir à son tour en exploration, de se nourrir du savoir des autres, de chercher sa propre voie. Une belle philosophie, une leçon de vie.

Charle-Henri Dalhem, blog et critiquelibres.com

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Gérard Adam est un ogre en matière littéraire, il ne cesse d’éditer dans sa maison MEO, de lire, de relier et de marquer de sa vigueur attentive le paysage littéraire en Belgique francophone et au-delà de nos frontières. Encore une fois, avec Le maître du Mont Xin, il nous livre un roman hors normes. Déjà en 2008, Qôta-Nîh avait marqué les lecteurs et la critique tant ce roman portait des questions fortes et fines à la fois à propos de la religion, déjà, de l’art de soigner, de la spiritualité,… Le maître du Mont Xin, son dernier opus, se donne à lire généreusement… L’auteur fait en sorte, dans sa volupté romanesque, que le monde prenne place dans cette histoire aux multiples bifurcations. Tout autant roman d’aventure que quête spirituelle, l’auteur instille un patient réquisitoire contre les hystéries religieuses et développe surtout une remarquable réflexion sur les liens qui nouent les cultures, les civilisations qui s’opposent, puis se relient, avant de se transformer… Gérard Adam traque les différences pour en relever, dans le même temps, les étranges configurations des contraires qui deviennent avec le temps de surprenantes, et parfois, monstrueuses, similitudes. Nous sommes au 12ème siècle, et aujourd’hui, les temps s’entrecroisent, résonnent, se percutent dans la distance et les anamorphoses d’une humanité violente, crédule et en quête de ce bonheur qui prend souvent nom de plaisir. L’érotisme dans le roman de Gérard Adam tient une place fondamentale, presque une position morale qui sous-tend la pérégrination des personnages dans un univers où la spiritualité émerge puis se fossilise dans des rites violents… Deux femmes, que tout semble éloigner (origine, statut, expérience des pulsions et des méditations), une novice dans un monastère et une enfant naturelle, Soyindâ, tourmentée, hantée, devenue danseuse pour débauchés pérégrinent vers le Mont Xin. Soyindâ va se retirer du monde mais avant, elle désire saluer le vieux Maître du Mont Xîn. Là où des amants philosophes ont construit un lieu, un rite, une philosophie fondée sur l’érotisme, comme voie royale vers le sublime. Dans ce roman aux affluents de diverses sources (philosophie, anthropologie, spiritualité, érotisme, déliquescence du religieux, …) convergent également des épisodes qui illuminent la trajectoire des personnages : la révélation de l’adoubement par l’autre dans le désarroi d’un monde éperdu de violence. Cet autre qu’il ne s’agit pas d’enfermer dans une relation de fascination. L’irradiation des lumières de l’esprit grâce à la confrontation aux « trous noirs » de la vie tend les personnages tout au long du récit. Lors d’un conversation avec l’auteur à propos de son goût pour les romans brassant large et profond autant que pour les incessants ressorts du récit que les enjeux de civilisation font surgir, Gérard Adam rappelle que ce n’est pas lui, manifestement, qui conduit l’œuvre quand elle est mise en route mais bien le récit qui l’entraîne dans une première écriture presque « automatique », puis vient le temps des coupes, des remaniements et les réglages s’opèrent. Sortir de ce long cheminement n’est pas une opération de tout repos, souligne-t-il. Il s’agit de faire lentement le deuil de ces archipels narratifs, noués, électriques, qui constituaient pendant plusieurs mois ou années, un continent intime avant que de rejoindre sa destination naturelle, le public.

Daniel Simon, Le carnet et les instants